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À 78 ans, Benny Andersson d’ABBA confirme enfin la vérité sur les coulisses et les blessures du groupe mythique

L’histoire de la musique pop possède ses dieux intangibles, ses hymnes éternels et ses mystères jalousement gardés. Au Panthéon des légendes, le groupe suédois ABBA occupe une place à part, presque irréelle. Avec leurs costumes extravagants, leurs mélodies d’une efficacité redoutable et leur énergie communicative, Agnetha Fältskog, Björn Ulvaeus, Benny Andersson et Anni-Frid Lyngstad ont redéfini la culture populaire des années 1970. Pourtant, derrière les millions d’albums vendus, les projecteurs aveuglants et l’euphorie des hit-parades, se jouait un drame humain d’une intensité rare. À 78 ans, Benny Andersson, le génie musical et compositeur du groupe, a choisi de briser le silence pour poser un regard lucide, teinté de nostalgie et de vérité, sur ce que fut réellement l’aventure ABBA, ses ruptures et la nature actuelle de leurs relations.

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Pour comprendre la portée de ces révélations, il faut remonter aux racines d’un homme dont la vie entière a été dictée par les notes de musique. Né le 16 décembre 1946 à Stockholm, Benny Andersson grandit dans une atmosphère où l’accordéon de son père et de son grand-père résonne comme une invitation à la création. Musicien autodidacte, il délaisse rapidement les bancs de l’école pour se consacrer au piano et courir les clubs de jeunes. Avant même que la déferlante ABBA ne submerge la planète, la vie personnelle de Benny est déjà complexe. Une première histoire d’amour avec Christina Grönvall lui donne deux enfants, Peter et Helene, nés au début des années 1960. C’est le temps de l’apprentissage, des premiers groupes de rock et des collaborations fondatrices. En 1966, sa rencontre avec Björn Ulvaeus scelle un pacte créatif qui allait changer l’histoire de la musique. Les deux hommes se mettent à écrire ensemble, affinant une alchimie qui trouvera son apothéose quelques années plus tard.

L’année 1969 marque le véritable tournant du destin. Lors du concours de la sélection suédoise pour l’Eurovision, le Melodifestivalen, Benny croise le regard de la chanteuse Anni-Frid Lyngstad, dite « Frida ». C’est le coup de foudre, immédiat, passionné. Presque simultanément, Björn s’éprend d’Agnetha Fältskog. Les deux couples fusionnent leurs talents, d’abord timidement en assurant les chœurs les uns pour les autres, puis de manière formelle. La pureté et la puissance des harmonies vocales d’Agnetha et de Frida finissent par convaincre les deux compositeurs de fonder un groupe mixte, inspiré des grands duos de l’époque. ABBA était né, acronyme simple et percutant de leurs quatre prénoms.

Le monde découvre alors un phénomène. En 1974, leur triomphe à l’Eurovision avec le titre « Waterloo » propulse le quatuor sur le devant de la scène internationale. C’est le début d’une ascension fulgurante. Les tubes s’enchaînent à un rythme effréné : « SOS », « Mamma Mia », « Fernando », « Dancing Queen ». ABBA devient une véritable industrie, une machine à gagner qui transcende les frontières, de l’Europe à l’Australie, en passant par l’Amérique latine. Mais la pression de la célébrité, les tournées incessantes et l’exposition médiatique permanente agissent comme un acide sur les fondations des deux couples.

Le premier couple à vaciller est celui formé par Björn et Agnetha. En 1979, au sommet absolu de la gloire du groupe, leur séparation est officialisée. Pour Agnetha, de nature timide et souffrant d’une peur panique de l’avion, le traumatisme est immense, l’obligeant à entamer une thérapie pour surmonter la douleur de la rupture et l’angoisse d’être séparée de ses enfants durant les concerts. C’est dans ce contexte de tension extrême que Björn écrit les paroles déchirantes de « The Winner Takes It All » (Le gagnant rafle tout). Interprétée avec une charge émotionnelle brute par Agnetha elle-même, la chanson devient le miroir de leurs blessures intimes, malgré les dénégations initiales des principaux intéressés face à la presse.

Le couple Benny et Frida résiste un temps, se mariant même tardivement en octobre 1978 après presque dix ans de vie commune. Mais l’illusion ne dure pas. En février 1981, un communiqué laconique annonce leur divorce. Derrière la façade d’une séparation à l’amiable, la réalité est plus douloureuse. Benny a rencontré une autre femme, la productrice de télévision Mona Nörklit, qu’il épousera en novembre de la même année. Frida, quant à elle, expliquera plus tard qu’ils avaient simplement évolué différemment, rendant la rupture inévitable. L’alchimie en studio est brisée. En 1982, après l’enregistrement difficile de quelques ultimes morceaux et la sortie d’une compilation, ABBA cesse d’exister, laissant des millions de fans orphelins.

La vie après ABBA prend des trajectoires radicalement opposées pour les quatre membres. Si Benny et Björn poursuivent une carrière commune couronnée de succès à travers l’écriture de comédies musicales majeures comme « Chess » ou la production du phénomène mondial « Mamma Mia ! », les deux femmes du groupe choisissent l’ombre et la discrétion, souvent marquées par des tragédies personnelles. Agnetha s’isole dans la campagne suédoise, fuyant les médias à l’image d’une Greta Garbo moderne. Sa vie privée est jalonnée de drames, notamment le suicide de sa mère et le harcèlement prolongé par un fan néerlandais avec qui elle avait brièvement entretenu une liaison tumultueuse. Pour Frida, le destin se montre plus cruel encore. Remariée en 1992 au prince Heinrich Ruzzo Reuss von Plauen, elle devient princesse de Reuss, mais perd tragiquement sa fille de 30 ans dans un accident de voiture en 1998, avant que son époux ne succombe à un cancer l’année suivante.

Pendant près de quarante ans, l’idée d’une réunion du groupe est restée l’une des questions les plus brûlantes de l’industrie musicale. ABBA ira jusqu’à refuser une offre astronomique d’un milliard de dollars au début des années 2000 pour une série de concerts. Pourtant, contre toute attente, le miracle se produit en 2018. Réunis secrètement en studio, les quatre artistes ressentent à nouveau la chaleur et la complicité d’autrefois. Ce projet thérapeutique donne naissance à l’album « Voyage » en 2021, suivi d’un spectacle révolutionnaire et immersif à Londres, où des avatars numériques — les « Abbatars » — redonnent vie sur scène aux jeunes artistes des années 1970.

C’est précisément dans le cadre de ce triomphe technologique et financier, qui a injecté des centaines de millions de livres dans l’économie britannique, que s’est noué un moment de grâce d’une immense portée émotionnelle. Lors des célébrations récentes marquant l’anniversaire du spectacle, Benny Andersson et Anni-Frid Lyngstad se sont affichés ensemble, côte à côte. Devant un public conquis, Benny, aujourd’hui âgé de 78 ans, a pris la parole pour évoquer le temps qui passe, le cap des 80 ans qui approche et ce lien indéfectible qui l’unit à Frida malgré les tempêtes du passé. En détendant l’atmosphère d’une simple plaisanterie qui a fait éclater de rire son ex-épouse, le musicien a envoyé un signal fort au monde entier : le respect, l’affection et l’admiration mutuelle ont définitivement triomphé des rancœurs du divorce.

Les confidences de Benny Andersson rappellent que si les mariages passent, les chefs-d’œuvre demeurent. Les tensions personnelles ont sans doute causé la perte du groupe en 1982, mais elles ont aussi nourri la mélancolie unique de leurs plus grands morceaux. Aujourd’hui, alors que les chansons d’ABBA s’apprêtent à envahir à nouveau Broadway avec les productions simultanées de « Mamma Mia ! » et de « Chess », l’œuvre de ces quatre Suédois s’affirme plus que jamais comme intemporelle. Les plaies du passé sont enfin refermées, laissant place à la seule chose qui n’a jamais cessé de les unir : l’amour absolu de la musique.

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