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Comment Gianni Infantino a Transformé la FIFA en un Empire Personnel : Les Secrets d’un Monarque du Football

Il est aujourd’hui, sans la moindre contestation possible, l’homme le plus puissant du football mondial. Depuis son élection en 2016, Gianni Infantino n’a pas seulement présidé la Fédération Internationale de Football Association ; il a littéralement métamorphosé son ADN. En l’espace d’une décennie, la figure du président de la FIFA s’est radicalement transformée, braquant tous les projecteurs non plus sur le sport, mais sur l’homme qui en tire les ficelles. À l’heure où le monde entier a les yeux rivés sur les préparatifs de la Coupe du Monde 2026 organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, et alors que les controverses se multiplient de manière alarmante, il est grand temps de se pencher sur le bilan de ces dix années de règne. Car il s’agit bel et bien d’un règne, avec tout ce que ce terme implique d’hyper-présidentialisation, de vassalisation du football et de culte de la personnalité. Le système FIFA est devenu, pour beaucoup d’observateurs avertis, le système Infantino. Une structure où chaque rouage, chaque décision, chaque réforme semble désormais taillée sur mesure pour servir l’idéologie et les ambitions d’un seul individu, au détriment du jeu lui-même. Comment ce technocrate suisse, autrefois dans l’ombre des grands pontifes du football européen, a-t-il pu s’ériger en monarque absolu ?

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Pour comprendre cette trajectoire fulgurante, il faut remonter aux origines de l’ascension de Gianni Infantino. Né en 1970 en Suisse, dans le paisible canton du Valais, cet Italo-Helvète a d’abord construit sa réputation comme un redoutable travailleur de l’ombre. Supporter passionné de l’Inter Milan, il intègre le département juridique et commercial de l’UEFA à l’aube des années 2000. À cette époque, Infantino est perçu comme un administratif brillant, calme, incroyablement compétent sur les questions juridiques et doté d’une aisance linguistique rare puisqu’il maîtrise couramment pas moins de sept langues. Gravissant méthodiquement les échelons, il devient en 2009 le secrétaire général de l’UEFA, se positionnant de facto comme le fidèle bras droit et le numéro deux de Michel Platini. C’est à ce poste que le grand public découvre son visage, notamment lors des tirages au sort toujours très théâtraux de la Ligue des Champions. Mais selon les propres mots de Platini, s’il était un exceptionnel numéro deux, rien ne le prédisposait à devenir un grand numéro un. Le basculement intervient lors de l’année noire de 2015. Le célèbre “FIFA Gate” éclate, décapitant l’instance mondiale de ses figures tutélaires, dont Sepp Blatter, et emportant avec lui la candidature pourtant favorite de Michel Platini. Dans ce chaos institutionnel sans précédent, Infantino saisit l’opportunité de sa vie avec un flair politique remarquable. Bénéficiant du vide laissé par les favoris déchus et de la division de ses adversaires, il est élu président de la FIFA le 26 février 2016.

Dès son arrivée au pouvoir, le discours se veut rassurant : Infantino promet de restaurer l’image ternie d’une FIFA ravagée par les scandales de corruption. Pourtant, la réalité de l’exercice du pouvoir va rapidement dévoiler une toute autre facette du personnage. Le prudent technocrate de Nyon laisse place à un dirigeant avide de lumière, initiant une refonte totale de l’architecture du football international. Le premier symptôme de cette dérive réside dans l’élimination méthodique de tout contre-pouvoir indépendant au sein de l’institution. Les chambres juridiques et les comités d’éthique perdent peu à peu leur indépendance pour se plier aux intérêts politiques du nouveau maître des lieux. Symbole fort de cette reprise en main, Infantino n’hésite pas à délocaliser une grande partie du département légal de la FIFA vers Miami, se débarrassant au passage de plus de la moitié des effectifs historiques qui refusent ce déménagement contraint. Mais au-delà de la restructuration administrative, c’est le développement d’un véritable culte de la personnalité qui choque en interne. Quel président d’une fédération sportive ressentirait le besoin de faire créer un logo spécial uniquement pour célébrer les dix ans de sa propre présidence ? Infantino orchestre sa mise en scène personnelle sur les réseaux sociaux, exigeant une mise en avant digne d’un chef d’État. Ce goût immodéré pour le faste se manifeste particulièrement lors de ses fréquents voyages en Afrique, où il se complaît à défiler sur les tapis rouges et à recevoir des décorations honorifiques au son des trompettes officielles.

Mais pour asseoir durablement son autorité, Gianni Infantino a compris une règle fondamentale de la politique sportive : un pays membre égale une voix. C’est sous ce prisme qu’il faut analyser les profondes et très controversées réformes des compétitions internationales qu’il impose à marche forcée. Sa maîtrise des rouages financiers, héritée de ses années à l’UEFA, le pousse à vouloir accroître exponentiellement les revenus de la FIFA. C’est ainsi qu’il lance le projet pharaonique d’une Coupe du Monde des Clubs élargie à 32 équipes. Si l’idée peut séduire sur le papier, elle suscite une fronde sans précédent de la part des acteurs de terrain – les clubs, les staffs médicaux et surtout les joueurs – qui dénoncent des calendriers démentiels mettant en péril leur santé. Non content de cette révolution, Infantino repousse les limites en faisant passer la Coupe du Monde traditionnelle de 32 à 48 nations. Derrière le vernis de l’inclusion sportive mondiale se cache un calcul politique d’un cynisme absolu. En offrant par exemple davantage de places qualificatives à la zone de la CONCACAF ou au continent africain, il s’assure mécaniquement de leur loyauté indéfectible et de leurs votes lors des futures élections présidentielles de la FIFA. Il se murmure même avec insistance que l’ambition secrète d’Infantino serait de pousser ce format jusqu’à 64 pays, ou de déstabiliser encore plus le calendrier en instaurant une Coupe du Monde tous les deux ans.

L’autre grand tournant de cette décennie est la politisation extrême et assumée de la fonction présidentielle. Bien que la FIFA ait toujours eu une composante diplomatique inhérente à sa dimension, l’Italo-Helvète a franchi un Rubicon symbolique. Il affiche une fascination troublante pour les figures de l’autorité absolue et les dirigeants les plus controversés de la planète. L’image du président de la FIFA tout sourire aux côtés de Vladimir Poutine, de Mohammed ben Salmane en Arabie Saoudite, de Paul Kagame au Rwanda, ou encore de figures de l’ancien régime iranien, met gravement à mal la neutralité censée être la pierre angulaire du sport. Pire encore, sa proximité excessive avec Donald Trump frôle le ridicule institutionnel. Infantino est devenu une ombre familière des délégations américaines, présent à la signature des accords géopolitiques internationaux, aux sommets de l’ONU, ou au G20, s’invitant dans des sphères qui dépassent allègrement le strict cadre du football. L’institution a littéralement capitulé devant l’ingérence politique. La complaisance de la FIFA envers Trump est totale, l’instance allant jusqu’à lui remettre un obscur “Prix de la paix”. Le paroxysme de cette allégeance a été atteint lors d’une assemblée générale cruciale de la fédération, où Gianni Infantino s’est permis d’arriver en retard, tout simplement parce qu’il partageait un vol privé avec l’ancien président américain.

Ces liaisons dangereuses s’accompagnent inévitablement de postures éthiques désastreuses. Le mandat d’Infantino restera marqué par des épisodes d’une maladresse terrifiante, à l’image de son discours lunaire et mémorable la veille de l’ouverture de la Coupe du Monde au Qatar en 2022. En déclarant solennellement “Aujourd’hui, je me sens gay, je me sens handicapé, je me sens travailleur migrant”, il a insulté l’intelligence de la communauté internationale, balayant d’un revers de main la réalité accablante des milliers de morts sur les chantiers et la répression brutale des minorités dans le pays hôte. Cette même Coupe du Monde s’est conclue par l’ubuesque séquence où l’influenceur Salt Bae, ami intime d’Infantino, a foulé la pelouse pour embrasser le trophée sacré, bafouant tous les protocoles historiques de la FIFA dans l’indifférence totale des officiels. Ces épisodes, loin d’être de simples anecdotes, trahissent une perte totale de repères. À l’aube de la Coupe du Monde 2026, l’hypocrisie atteint de nouveaux sommets. Alors que la FIFA scande fièrement son slogan “Football Unites the World”, Infantino reste silencieux, voire complice, face aux décisions drastiques des États-Unis. Des joueurs internationaux, comme ceux de l’Iran, se voient imposer des restrictions de séjour dans leur propre camp de base américain, et d’innombrables supporters haïtiens ou africains se heurtent à des refus de visas catégoriques en raison de leur seule nationalité. Jamais l’histoire de la compétition reine n’avait été entachée par de telles discriminations d’État acceptées sans la moindre protestation par son instance organisatrice.

Alors que son mandat actuel court jusqu’en 2027 et que les textes pourraient lui permettre de s’accrocher au trône jusqu’en 2031, la question de l’avenir de la FIFA est sur toutes les lèvres. Élu sans la moindre opposition en 2019 et en 2023, Gianni Infantino semble indéboulonnable, fort de ses réformes clientélistes qui verrouillent le processus démocratique de l’intérieur. Michel Platini, amer mais lucide, le qualifie désormais ouvertement d’autocrate. Pourtant, dans les coulisses du pouvoir, la grogne monte doucement. La coupe est pleine pour de nombreuses fédérations qui commencent à organiser la résistance. Les prises de position radicales et aveugles du président, notamment son soutien inconditionnel à certaines figures politiques clivantes, agacent profondément des instances influentes en Asie et au sein même de la zone CONCACAF. La perspective d’une alternance en 2027 n’est peut-être plus une simple utopie. L’ivresse du pouvoir aura-t-elle finalement raison de celui qui promettait de sauver l’âme du football ? Ce qui est certain, c’est que l’histoire jugera sévèrement ces dix années où le sport le plus populaire au monde a été mis sous coupe réglée, transformé en un outil de promotion personnelle et politique, éloignant chaque jour un peu plus le football de sa magie originelle et de ses millions de supporters à travers la planète.

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