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Affaire Dupont de Ligonnès : Quinze ans après le drame, le témoignage poignant et sans concession de Guillaume Abbas Hodanger

Le 21 avril 2011 reste à jamais gravé dans la mémoire collective française comme le point de départ de l’une des énigmes criminelles les plus denses et les plus fascinantes du XXIe siècle. Ce jour-là, sous la terrasse d’une maison bourgeoise située au 55 boulevard Robert Schuman à Nantes, les forces de l’ordre découvrent les corps d’Agnès Dupont de Ligonnès et de ses quatre enfants, Arthur, Thomas, Anne et Benoît, ainsi que leurs deux chiens. Tous ont été exécutés méthodiquement, enveloppés dans des draps et enterrés à la hâte. Depuis cette macabre découverte, le père de famille, Xavier Dupont de Ligonnès, s’est volatilisé dans la nature, laissant derrière lui un sillage de questions sans réponse, de fantasmes médiatiques et de théories plus ou moins rocambolesques. Quinze ans après cette tragédie sans nom, Guillaume Abbas Hodanger, le frère d’Agnès et beau-frère du principal suspect, a choisi de rompre un silence de plomb sur le plateau de l’émission “C à vous” sur France Télévisions. Un témoignage d’une dignité rare, empreint d’une émotion intacte, qui vient balayer d’un revers de main les rumeurs de complot et rappeler la douloureuse réalité d’un deuil impossible.

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Pour Guillaume Abbas Hodanger, le temps semble s’être arrêté à cette funeste date d’avril 2011. Revenir sur ces événements, surtout en cette période anniversaire, s’avère être une épreuve d’une violence extrême. Pourtant, l’homme de près de soixante-dix ans a estimé qu’il était de son devoir de prendre la parole, non pas pour lui-même, mais pour honorer la mémoire des disparus et pour les amis des enfants qui, à l’époque, ont été confrontés à la mort de manière brutale alors qu’ils n’avaient que quatorze, seize ou vingt ans. L’image de la cérémonie religieuse à l’église de Nantes, avec ses cinq cercueils et ses cinq corbillards, reste une cicatrice ouverte, aussi vive aujourd’hui qu’au premier jour. Pendant quinze ans, la famille a fait le choix de se taire, estimant qu’elle n’avait rien de particulier à ajouter à un dossier judiciaire limpide sur le plan des constatations matérielles, et consciente que la parole médiatique ne ramènerait jamais les êtres chers.

L’un des moments les plus marquants de cette intervention télévisée réside dans la confrontation indirecte avec les théories défendues par la propre sœur de Xavier, Christine Dupont de Ligonnès. Cette dernière, soutenue par son mari Bertram de Verdun, continue d’affirmer envers et contre tout, notamment lors d’interventions sur des radios comme RTL, que l’ensemble de l’affaire n’est qu’une vaste mise en scène. Selon sa thèse, la famille aurait été exfiltrée vers les États-Unis dans le cadre d’une opération secrète liée au recrutement de Xavier par la DEA, l’agence américaine de lutte contre la drogue. Une lettre reçue au début du mois d’avril 2011, annonçant ce départ soudain sous couvert de secret d’État, sert de fondement à ce narratif de survie. Face à ces élucubrations qui qualifient les corps retrouvés de “substituts”, la réponse de Guillaume Abbas Hodanger est implacable. Il rappelle que la science a parlé, que les analyses ADN ont confirmé l’identité d’Agnès et des enfants sans l’ombre d’un doute et que le procureur de la République a validé ces éléments factuels. Si la famille a accepté de ne pas voir les corps à l’époque, ce n’était pas par volonté de dissimulation, mais par mesure de protection psychologique face à une réalité insoutenable et inhumaine, comme l’avaient alors conseillé les autorités.

En se remémorant les liens qui l’unissaient à la famille Dupont de Ligonnès, Guillaume Abbas Hodanger décrit une cellule familiale en apparence tout à fait ordinaire et normale. Agnès était une mère poule, protectrice et aimante, dont la vie gravitait autour du bonheur de ses enfants. Le quotidien de la maison nantaise était rythmé par les éclats de rire, la musique, les répétitions de batterie de l’un ou les morceaux de piano de l’autre. Xavier, quant à lui, apparaissait comme un père attentionné, partageant des moments de complicité avec sa progéniture lors de vacances à la campagne ou en Bourgogne. Cependant, derrière ce vernis de respectabilité et de bonheur bourgeois se cachait une réalité bien plus sombre, faite de mensonges chroniques et de dérives financières. L’enquête a révélé par la suite que Xavier Dupont de Ligonnès était criblé de dettes, accumulant les loyers impayés et les passifs de sociétés en faillite. Bien que Guillaume Abbas Hodanger relativise l’adjectif “criblé”, estimant que les sommes en jeu de l’ordre de quarante à cinquante mille euros ne sauraient en aucun cas justifier un tel passage à l’acte, il reconnaît qu’Agnès avait exprimé des inquiétudes légitimes quant à la situation professionnelle et financière de son mari, ce dernier l’ayant poussée à financer ses projets au-delà du raisonnable.

La personnalité de Xavier Dupont de Ligonnès, analysée à la lueur des événements, apparaît comme celle d’un homme profondément dérangé, en situation d’échec permanent sur le plan professionnel et incapable de faire face à la réalité de sa déchéance sociale. La lettre d’exfiltration reçue par les proches au moment du drame, et qui mentionnait de manière erronée le nom de l’agence américaine concernée, avait tout de suite mis la puce à l’oreille de Guillaume Abbas Hodanger, déclenchant l’ouverture d’une procédure pour disparition inquiétante. Depuis, l’affaire a généré un véritable emballement médiatique, une sorte de “business” morbide où chacun y va de son analyse psychiatrique ou de son témoignage opportuniste, au grand dam des véritables victimes de cette tragédie. Le point culminant de cette folie collective fut sans doute l’arrestation manquée de Guy Joao à l’aéroport de Glasgow, une erreur policière et médiatique monumentale qui a un temps fait vibrer le cœur des proches avant que la réalité ne reprenne ses droits.

Aujourd’hui, alors que plus de mille huit cent cinquante signalements ont été vérifiés par la police judiciaire de Nantes et l’Office central pour la répression des violences aux personnes, l’espoir de retrouver Xavier Dupont de Ligonnès s’amenuise. Guillaume Abbas Hodanger confie ne pas avoir de conviction intime quant à la survie du fugitif, oscillant entre l’hypothèse d’un suicide immédiat et celle d’une cavale réussie à l’étranger. À l’aube de ses soixante-dix ans, son souhait le plus cher est que ce dossier se referme enfin, permettant ainsi à la famille de terminer un deuil impossible à mener tant que le mystère plane. Si la justice peut être rendue en l’absence de l’accusé par le biais d’un procès par contumace, cela constituerait une étape symbolique cruciale pour clouer le bec aux théoriciens du complot et offrir un semblant de paix aux survivants. Et si, par un extraordinaire concours de circonstances, Xavier Dupont de Ligonnès était encore en vie et entendait ces mots, son beau-frère n’aurait qu’une seule et unique injonction à lui adresser : “Rends-toi”. Une conclusion brute et sans artifice pour une affaire qui n’a que trop duré dans le cœur de ceux qui ont tout perdu.

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