Posted in

Le prix de la gloire – L’histoire bouleversante du pasteur Jérémie/HISTOIRE AFRICAINE

Noé, lui, riait doucement.

"
"

Un rire léger.

Un rire qui n’était pas le sien.

Puis il a répété :

— Elle attend.

Je l’ai pris dans mes bras. Il était brûlant de fièvre. Son petit corps tremblait, mais son regard fixait encore le coin de la chambre avec une tendresse étrange, comme s’il voyait une personne connue. Une personne aimée.

Et moi, à cet instant précis, j’ai compris.

Le miracle n’avait jamais été gratuit.

Trois ans plus tôt, dans une chapelle abandonnée au bord d’un bois, une vieille femme m’avait prévenue. Elle m’avait dit : “Vous aurez l’enfant que vous demandez, ma fille. Mais ce qui vient par la porte du désespoir repart rarement les mains vides.”

Je n’avais pas écouté.

Je voulais un bébé.

Je voulais sentir une vie bouger en moi. Je voulais tenir mon enfant contre ma peau. Je voulais qu’on arrête de me regarder avec cette pitié polie réservée aux femmes qui n’arrivent pas à devenir mères.

Alors j’avais accepté.

J’avais pris le miracle.

Et maintenant, le miracle venait réclamer son prix.


Avant Noé, il y avait eu le vide.

Je sais que le mot paraît simple, presque banal. Le vide. On l’utilise pour un appartement sans meubles, une rue déserte, un verre oublié sur une table. Mais il existe un autre vide. Celui qui s’installe dans le ventre d’une femme quand tous les mois son corps lui rappelle ce qu’il n’a pas su garder. Celui-là, il a des dents.

Pendant sept ans, Antoine et moi avons essayé d’avoir un enfant.

Au début, c’était tendre. Presque joyeux. Nous venions de nous installer à Nantes, dans un petit appartement au troisième étage, avec une cuisine trop étroite et une vue sur des toits gris. Nous faisions des listes de prénoms sur des tickets de caisse. Antoine aimait “Lucas”. Moi, je préférais “Noé”, parce que ma grand-mère disait toujours que ce prénom portait l’idée d’un refuge après la tempête.

À l’époque, je ne savais pas à quel point j’aurais besoin d’un refuge.

Read More