Il y a des phrases qui, une fois prononcées, résonnent avec la puissance d’un coup de tonnerre dans un ciel que l’on croyait enfin apaisé. “Jamais il n’a pu concevoir de rayer ses enfants de son testament. Cette idée, je ne peux tout simplement pas l’accepter.” Ces mots, lourds de sens et chargés d’une émotion palpable, ne proviennent pas d’un observateur lointain ou d’un commentateur en quête de notoriété. Ils sont l’œuvre de Jean-Marie Périer, le photographe de légende, l’ami intime, l’homme qui a figé l’âme de Johnny Hallyday sur pellicule pendant plus d’un demi-siècle. Du haut de ses 85 ans, cette figure tutélaire de la culture populaire française a décidé de fendre l’armure du silence pour livrer sa part de vérité. Une vérité dérangeante, brutale, qui remet fondamentalement en question la version officielle de la succession du rockeur et pointe, sans jamais la nommer directement, la responsabilité écrasante de Laeticia Hallyday.
L’Observateur Privilégié d’une Vie Hors du Commun
Pour saisir toute la portée des déclarations de Jean-Marie Périer, il est impératif de comprendre la nature du lien qui l’unissait à Johnny Hallyday. Périer n’était pas un simple technicien de l’image convoqué pour des séances promotionnelles. Il était le témoin oculaire d’une époque révolue, le gardien des secrets d’une génération dorée. Dès l’âge de 16 ans, ce fils biologique du musicien Henri Salvador et de la comédienne Jacqueline Porel – élevé et reconnu par l’immense acteur François Périer – fait ses armes dans la cour des grands. Assistant de Daniel Filipacchi pour des publications prestigieuses comme Marie-Claire ou Paris Match, il devient rapidement l’œil incontournable du magazine Salut les Copains au début des années 1960.
C’est là que son destin croise celui de Jean-Philippe Smet. Ensemble, ils vont grandir, mûrir et traverser les décennies. Périer est l’homme derrière “la photo du siècle” d’avril 1966, réunissant quarante-six idoles de la chanson française autour d’un Johnny central et triomphant. Mais au-delà des studios, il y a la vraie vie. Périer est le témoin de mariage de Johnny et Sylvie Vartan. Il les accompagne même lors de leur lune de miel, s’immisçant dans l’intimité la plus absolue du couple. Il photographie David Hallyday alors qu’il n’est qu’un nourrisson, puis Laura Smet à l’aube de son adolescence. Il connaît les failles, les doutes, les excès et la tendresse infinie du rockeur. C’est cette proximité exceptionnelle, forgée loin des artifices du show-business, qui confère aujourd’hui à ses paroles un poids incommensurable. “Il ne s’agit pas de conjectures, mais de souvenirs vécus”, aime-t-il rappeler.
Le Séisme du Testament et l’Inconcevable Trahison
Le 5 décembre 2017, la France entière est plongée dans le deuil. Johnny Hallyday s’éteint dans sa résidence de Marnes-la-Coquette. Mais à la tristesse nationale succède rapidement la stupeur judiciaire. La révélation du testament californien du chanteur, excluant totalement David et Laura de la succession au profit exclusif de Laeticia, fait l’effet d’une bombe. La stupeur se mue en indignation collective, un sentiment que Jean-Marie Périer va longuement ruminer en silence. Pendant des mois, par respect pour la mémoire de son ami, il choisit de se taire.
Cependant, en février 2019, lors d’un entretien accordé au quotidien suisse Le Temps, la digue cède. Ses mots sont incisifs, sans appel. Pour lui, ce conflit successoral est une affaire “des plus sinistres”. Une atmosphère malsaine qui, selon lui, aurait pu être évitée si le rockeur avait pris ses dispositions de son vivant. Mais l’accusation la plus terrible réside dans son intime conviction : Johnny n’a pas rédigé ce testament en pleine possession de son libre arbitre. “L’idée qu’il ait pu décider de déshériter ses propres enfants, ça je ne peux pas y croire une seule seconde”, clame-t-il.
Pour Jean-Marie Périer, c’est une aberration absolue. Le Johnny qu’il a connu, bien qu’étant un père souvent absent, happé par la scène et la gloire, aimait profondément ses enfants. Il était fier de David, qui marchait dans ses pas musicaux, et chérissait Laura. Comment imaginer un seul instant qu’il ait délibérément choisi de les rayer de son existence posthume ? La conclusion qui s’impose à l’esprit du photographe est vertigineuse : Johnny a été manipulé. Quelqu’un d’autre a pris cette décision à sa place.
L’Isolement Machiavélique et le Poids des Courtisans
Si Jean-Marie Périer ne cite que très rarement le nom de Laeticia de manière frontale, l’ombre de la veuve plane sur chacune de ses déclarations. Élevé dans le sérail du monde du spectacle, le photographe connaît mieux que quiconque la toxicité des “courtisans”. Ces flatteurs qui entourent les idoles, isolent les stars pour mieux asseoir leur influence et finissent par prendre le contrôle de leur existence.
Il dépeint les derniers mois de Johnny comme une lente et inexorable descente vers la solitude forcée. Selon lui et de nombreux autres témoins de l’époque, un véritable mur infranchissable avait été érigé autour du chanteur affaibli par le cancer. Des amis historiques ont vu leurs appels filtrés, leurs messages ignorés, leurs visites refusées. Eddie Mitchell, Sylvie Vartan, Pascal Obispo… Tous racontent la même histoire : celle d’un homme “gouroutisé”, barricadé derrière une garde rapprochée intraitable.
Dans cette bulle hermétique, sous l’emprise de traitements médicaux extrêmement lourds qui altéraient son discernement, le rockeur aurait été poussé à signer un document dicté par d’autres intérêts. “Si Eddie Mitchell avait été présent, il se serait élevé contre cette décision”, affirme-t-on dans le milieu. Mais Eddie n’était pas là. Personne n’était là pour défendre les intérêts de David et Laura, et c’est dans ce huis clos étouffant que l’irréparable a été commis.
Le Détournement d’un Héritage Moral et Artistique
L’indignation de Jean-Marie Périer ne s’arrête pas à la simple question financière de l’héritage. C’est l’essence même de Johnny qui, selon lui, est aujourd’hui bafouée. En mars 2022, dans les colonnes de Paris Match, il dénonce avec virulence la gestion de la mémoire du chanteur. Johnny était un homme de partage, un artiste généreux qui adorait que la jeune génération s’approprie ses œuvres. Or, la politique actuelle, faite d’interdictions, de blocages de projets et de menaces de poursuites judiciaires menées par la succession, est perçue par Périer comme une trahison absolue de la philosophie de son ami.
Pire encore, le photographe se désole de la “monumentalisation” de la star. Les statues édifiées en son honneur, comme cette imposante Harley-Davidson juchée sur un manche de guitare sur l’esplanade de l’Accor Arena à Paris, sont qualifiées de “grotesques”. Johnny, rappelle Périer, détestait les statues et l’ostentation post-mortem. Il n’aspirait qu’à la scène et à la communion avec son public, loin de toute récupération mercantile et de l’édification de mausolées artificiels.
C’est d’ailleurs cette volonté farouche de rétablir le “vrai” Johnny qui a valu à Périer d’être purement et simplement effacé des projets commémoratifs officiels. Lui, qui détient des milliers de clichés intimes et inédits du rockeur, n’a jamais été sollicité par Laeticia pour les récentes expositions. Son regard, trop authentique, trop éloigné de la légende lisse et contrôlée que l’on tente d’imposer aujourd’hui, dérange. On préfère écarter le témoin pour mieux réécrire l’histoire.
La Douleur d’une Blessure Intime et la Quête de Vérité
Si le combat de Jean-Marie Périer est si viscéral, c’est aussi parce qu’il résonne tragiquement avec sa propre histoire personnelle. Rejeté par son père biologique, le chanteur Henri Salvador, qui l’a renié lui et sa descendance, le photographe sait mieux que personne ce que signifie la douleur du désaveu paternel. “Pour cela, je le maudis et je ne lui pardonnerai jamais”, confiait-il à propos de Salvador.
Voir David et Laura subir la même humiliation, se voir confisquer leur filiation symbolique et leur héritage affectif par un simple morceau de papier rédigé sous influence, a ravivé en lui un traumatisme profond. C’est ce qui le pousse aujourd’hui à parler, sans peur des représailles. À 85 ans, retiré de l’agitation parisienne et concentré sur l’écriture de ses mémoires, il n’a plus rien à prouver ni rien à perdre. Sa seule boussole est la dette morale qu’il estime avoir envers son ami.
Jean-Marie Périer a choisi son camp avec une clarté implacable : celui de la justice, de l’authenticité, celui des enfants lésés. Ses paroles, gravées dans le marbre de l’histoire médiatique, continueront de peser lourd sur la conscience de ceux qui ont orchestré cette succession. En affirmant haut et fort que “Jamais il n’a pu concevoir de rayer ses enfants de son testament”, le photographe ne se contente pas de défendre un ami disparu. Il s’érige en ultime rempart d’une vérité que personne, malgré les tentatives d’effacement, ne pourra jamais totalement étouffer.
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