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Le tueur aux viagers du Cannet : l’effroyable pacte avec la mort d’un prédateur de personnes âgées

Le Cannet, sur la très chic Côte d’Azur, évoque immédiatement la douceur de vivre, le soleil méditerranéen et la tranquillité des retraités venus y passer des jours paisibles. Pourtant, derrière les façades ensoleillées de cette station balnéaire, s’est noué l’un des faits divers les plus machiavéliques de ces dernières années. Une affaire digne d’un roman noir où la respectabilité d’un homme cachait en réalité la noirceur d’un empoisonneur en série présumé.

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Tout commence le 2 novembre 2014. Evelyne, une retraitée de 70 ans, reçoit un appel qui va bouleverser son existence. Sa tante, Jacqueline Imbert, une vieille dame de 92 ans, vient d’être transportée en urgence absolue à l’hôpital de Cannes. À son arrivée, Evelyne découvre sa parente plongée dans un coma profond. Elle s’éteindra quelques jours plus tard sans jamais avoir repris connaissance. Sur le moment, pour la famille, le drame n’a rien d’anormal. À 92 ans, mourir dans son sommeil semble être la suite logique de la vie. Il faudra attendre des années pour que la vérité éclate : Jacqueline a très probablement été assassinée.

L’engrenage infernal et le témoin miraculé

L’affaire bascule véritablement six mois plus tard, le 7 avril 2015. Gabriel Marino, un mécanicien de 62 ans connu pour être le « bon Samaritain » de sa résidence au Cannet, s’apprête à vivre un après-midi de cauchemar. Toujours prêt à rendre service aux résidentes âgées pour des petits travaux d’électricité ou de plomberie, Gabriel reçoit un appel de détresse de Suzanne Bailly, 85 ans. Au bout du fil, la voix de la vieille dame est paniquée, ses propos sont décousus. Sentant le danger, Gabriel se précipite à son domicile, situé à seulement quelques minutes.

Ce qu’il découvre en franchissant la porte est une scène d’effroi. Suzanne Bailly gît au sol, prise de convulsions violentes, les yeux révulsés, de la bave aux lèvres. Alertée par le vacarme, une voisine de palier, Annie Roy, accourt à son tour. L’octogénaire est alors en pleine crise de démence et sujette à des hallucinations frappantes, prétendant que sa cuisine est en carton ou qu’un cheval se trouve au plafond. Prise en charge par les secours, elle est évacuée entre la vie et la mort vers l’hôpital de Cannes.

Mais le mystère s’épaissit lorsque Gabriel Marino reprend sa voiture pour rentrer chez lui. En quelques minutes, l’homme de 62 ans est pris de vertiges, de sueurs profuses et de troubles de la vision majeurs. Incapable de discerner la route, il fracasse tout le flanc droit de son véhicule contre un trottoir, parvient à ramper jusqu’à son appartement et s’effondre au sol, certain que sa dernière heure est venue. Trois heures après Suzanne Bailly, Gabriel est admis dans le même service d’urgence.

L’alerte est immédiatement donnée par le corps médical : comment deux personnes s’étant côtoyées l’après-midi même peuvent-elles présenter des symptômes neurologiques et cardiaques strictement identiques ? Les analyses de sang et d’urine commandées en urgence vont révéler la présence massive d’atropine, un accélérateur cardiaque puissant qui, administré à forte dose, se transforme en un poison mortel.

Le piège de l’eau amère et le profil du gendre idéal

Sorti d’affaire le lendemain, Gabriel Marino livre aux enquêteurs de la police judiciaire de Cannes un détail crucial. Alors qu’il assistait Suzanne avant l’arrivée des pompiers, cette dernière, dans un ultime élan de lucidité, lui avait glissé : « Laisse tomber l’eau, je la trouve très bizarre ». Par réflexe, Gabriel avait trempé ses lèvres dans le verre d’eau de la vieille dame. En quinze secondes, sa bouche s’était collée et une amertume insupportable l’avait contraint à recracher le liquide. Les techniciens de l’identification criminelle passent l’appartement au peigne fin et découvrent une concentration phénoménale d’atropine dans la bouteille d’eau minérale posée sur la table de chevet. La cible était bien Suzanne Bailly ; Gabriel n’est qu’une victime collatérale.

Qui pouvait en vouloir à cette vieille dame sans histoire ? Les soupçons s’orientent rapidement vers l’environnement immobilier de la victime. Suzanne Bailly avait vendu son appartement en viager. L’acquéreur, devenu propriétaire théorique, n’est autre qu’Olivier Capellaire, un chef d’entreprise de 38 ans à la réputation irréprochable. Grand, élégant, courtois, il avait tout du gendre idéal auprès des personnes âgées de la région, dont il avait gagné la confiance absolue.

Pourtant, le relevé des bornages téléphoniques va briser cette image de marque. Le matin même de l’empoisonnement, alors qu’une voisine s’étonnait d’entendre une voix suspecte dans l’appartement de Suzanne, un appel anonyme avait fait sonner le fixe de cette voisine pour l’éloigner. Cet appel provenait directement du téléphone portable d’Olivier Capellaire, localisé pile dans la résidence. Placé en garde à vue le 20 avril 2015, Capellaire avoue s’être introduit chez la vieille dame avec un double des clés, prétextant vouloir prendre des photos en cachette pour revendre le bien. Mais la perquisition de sa villa va balayer ses excuses : dans un placard de sa cuisine, les policiers découvrent des colliers vétérinaires pour chiens contenant précisément de l’atropine.

Une multirécidive criminelle dictée par la faillite

Mis en examen et incarcéré, Olivier Capellaire crie à l’erreur judiciaire. Mais deux ans plus tard, en avril 2017, un rebondissement spectaculaire fait basculer l’affaire dans une autre dimension. En lisant le journal, Evelyne découvre l’histoire de l’empoisonnement de Suzanne Bailly et le nom de l’accusé. Le sang de la septuagénaire ne fait qu’un tour : Olivier Capellaire était également le confident omniprésent et le légataire universel de sa tante, Jacqueline Imbert, décédée subitement en 2014, lui laissant un héritage estimé à près d’un million d’euros.

La police ordonne alors l’exhumation du corps de Jacqueline Imbert. Les résultats toxicologiques tombent comme un couperet en janvier 2018 : le cadavre contient des traces massives d’atropine, administrées juste avant sa mort. Le mode opératoire est identique. L’enquête approfondie révèle alors la face cachée du fringant chef d’entreprise. Grand amateur de luxe, collectionneur de montres de prix et de grosses cylindrées, Olivier Capellaire était en réalité un gestionnaire catastrophique. Ayant succédé à son père à la tête d’une grande entreprise de découpe de viande, il avait coulé la société et s’était fait licencier en novembre 2014, se retrouvant sans ressources et acculé par les dettes. C’est la peur de la ruine et de la déchéance sociale qui l’aurait poussé à éliminer ses rentières pour récupérer leurs patrimoines.

Face aux accusations de l’assassinat de Jacqueline Imbert, Capellaire change de tactique et évoque un « suicide assisté » par compassion, une version fermement démentie par la famille de la victime qui décrit une femme pleine de vie. Les enquêteurs découvrent que l’homme possédait pas moins de cinq viagers au total, tous conclus avec des femmes âgées, isolées et sans famille proche pour les protéger.

Le verdict et les fêlures d’un monstre froid

Le 4 mars 2019, Olivier Capellaire comparaît devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes pour les empoisonnements de Suzanne Bailly et Gabriel Marino. Dans le box, l’accusé reste de marbre, fixant ses victimes avec une froideur déconcertante. Sa ligne de défense s’effondre le troisième jour du procès, lorsque le président de la cour dévoile des écoutes téléphoniques familiales explosives. On y entend le frère de l’accusé confier à leur sœur que, dans le parloir, Olivier avait fini par lâcher ses aveux, libéré d’un poids. Plus accablant encore, sa propre mère déclare au téléphone : « Il a déconné. Il a grave déconné… Tout ça pour un vieil appartement de merde ».

Reconnu coupable, Olivier Capellaire est condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Ayant fait appel de cette décision, un second procès devra se tenir, tandis que l’instruction concernant le meurtre de Jacqueline Imbert suit son cours. Pour les survivants et les familles des victimes, le combat continue pour que la justice reconnaisse définitivement l’effroyable parcours de ce prédateur des viagers de la Côte d’Azur.

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