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OMERTA ET CENSURE : COMMENT VINCENT BOLLORÉ TENTE DE METTRE AU PAS LE CINÉMA ET LES MÉDIAS FRANÇAIS

La liberté d’expression, ce pilier fondamental de notre démocratie, est-elle en train de vaciller en France sous le poids des ambitions d’un seul homme ? Depuis plusieurs années, l’ombre du milliardaire Vincent Bolloré plane de manière de plus en plus écrasante sur le paysage culturel et médiatique français. Ce qui ressemblait initialement à une série d’acquisitions financières classiques s’est progressivement transformé en un projet beaucoup plus profond, soulevant une vague d’inquiétude sans précédent. Aujourd’hui, des professionnels du cinéma et de l’information décident courageusement de briser la glace. Leurs témoignages révèlent les coulisses d’une véritable guerre idéologique, où l’argent sert d’arme pour imposer le silence, cultiver la peur et formater l’imaginaire collectif.

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Le 11 mai dernier, le quotidien Libération a publié une tribune qui a fait l’effet d’une bombe dans le milieu culturel. Initialement signé par 600 professionnels, ce texte rassemble aujourd’hui plus de 4 500 signatures issues du monde du cinéma. Des réalisateurs, des producteurs et des techniciens s’y sont unis pour dénoncer ce qu’ils appellent la “bollorisation” de leur industrie. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase ? La perspective pour Vincent Bolloré d’acquérir 100 % du réseau de salles de cinéma UGC d’ici 2028. Une telle acquisition lui permettrait de contrôler la chaîne complète du septième art : du financement des œuvres à leur production, en passant par leur promotion dans ses propres médias, jusqu’à leur diffusion dans les salles obscures.

Caroline Deruas-Peano, réalisatrice, et Julie Paratian, productrice, toutes deux signataires de cette tribune historique, tirent la sonnette d’alarme face à un rétrécissement inquiétant de nos imaginaires. Selon elles, la volonté de l’homme d’affaires n’est pas simplement économique. Il s’agit d’un projet civilisationnel ancré à l’extrême droite. “C’est très documenté, ce n’est pas juste une lubie ou une peur, cela existe”, souligne Julie Paratian. L’objectif redouté est de voir la culture française colonisée par une idéologie spécifique, où les voix dissidentes, les histoires sociales, ou les critiques des institutions se verraient systématiquement étouffées.

Le climat qui s’est installé dans le milieu de la production cinématographique est d’ailleurs glaçant. Ce n’est pas seulement une censure directe et visible qui opère, mais un poison bien plus insidieux : l’autocensure. Les producteurs, soucieux de ne pas s’aliéner Canal Plus — le grand financier historique du cinéma français — hésitent désormais à proposer des sujets jugés “sensibles”. Les projets traitant des luttes écologistes, des mouvements antifascistes ou critiquant l’Église sont mis de côté avant même d’être présentés. On sait d’ores et déjà que ces films ne trouveront pas grâce aux yeux des comités de validation sous influence. Des propos attribués à Vincent Bolloré lui-même, rapportés lors de ces comités, excluraient le financement de films mettant en scène des syndicalistes ou certaines minorités.

Face à cette fronde, la direction du groupe Canal Plus n’a pas tardé à réagir, et ce, avec une brutalité qui confirme les pires craintes des signataires. Maxime Saada, le président du groupe, a déclaré sans détour qu’il ne souhaitait plus travailler avec les signataires de la tribune. Une menace directe pour la survie économique des réalisateurs et producteurs concernés. Cette réaction illustre parfaitement les méthodes de gestion par la terreur dénoncées par les invités. En brandissant l’arme du boycott financier, la direction espère étouffer le débat public et faire taire ceux qui osent remettre en question la ligne directrice du groupe.

Mais l’emprise de Vincent Bolloré ne se limite pas au grand écran. Le monde du journalisme a été le premier à subir les foudres de cette reprise en main idéologique. L’histoire de Jean-Baptiste Rivoire, ancien rédacteur en chef adjoint du magazine Spécial Investigation sur Canal Plus, est à ce titre particulièrement révélatrice. Pendant plus de 20 ans, il a participé à la création d’enquêtes percutantes et respectées. Mais avec l’arrivée de Vincent Bolloré en 2015, tout a basculé. Rivoire raconte comment une enquête minutieuse sur les pratiques d’évasion fiscale d’une grande banque française a été censurée d’un simple coup de téléphone, simplement parce que le patron de cette banque était un ami du nouvel actionnaire.

La suite de son parcours professionnel ressemble à une véritable descente aux enfers. Pour avoir osé défendre l’indépendance de sa rédaction, Jean-Baptiste Rivoire a été purement et simplement mis au placard pendant cinq longues années. Sans aucune affectation, il a été poussé à bout, dans l’espoir qu’il finisse par démissionner de lui-même. Lorsqu’il a enfin pu quitter l’entreprise en 2021 à la faveur d’un plan social, ce fut au prix d’un chantage ahurissant : pour obtenir ses indemnités de départ, il a été contraint de signer une clause de silence draconienne, lui interdisant à vie de critiquer le groupe ou son dirigeant.

Ce cas est loin d’être isolé. Rivoire estime que près de 500 journalistes ont été contraints de signer des accords de confidentialité similaires en quittant les différents médias rachetés par le milliardaire (Europe 1, le JDD, iTélé). C’est une omerta industrielle qui a été achetée à coup de millions d’euros. Les journalistes disparaissent des rédactions en rasant les murs, dans l’incapacité de dire au revoir à leurs collègues ou d’expliquer les raisons de leur départ. Ceux qui, malgré tout, choisissent de parler, comme Jean-Baptiste Rivoire, s’exposent à des représailles judiciaires féroces. Il a ainsi été condamné récemment à verser plus de 140 000 euros à Vincent Bolloré pour avoir brisé ce silence. Ces poursuites, même lorsque le groupe sait qu’il peut perdre en cassation, servent un objectif clair : ruiner les journalistes financièrement pour dissuader quiconque de mener l’enquête.

Ce qui choque profondément les acteurs de cette résistance, c’est l’inaction, voire la complicité, des pouvoirs publics. Comment une telle concentration des médias et un tel étouffement de la liberté de la presse peuvent-ils se produire sans que l’État n’intervienne ? Jean-Baptiste Rivoire dénonce le laisser-faire du gouvernement actuel et de l’Arcom, qui observent cette dérive sans jamais taper du poing sur la table. Pire encore, le projet politique soutenu par ces nouveaux empires médiatiques menace les institutions mêmes qui garantissent la diversité culturelle. Le Rassemblement National, largement mis en avant sur des chaînes comme CNews, a déjà affiché son intention de supprimer le Centre National du Cinéma (CNC) s’il accède au pouvoir. Une mesure qui provoquerait l’effondrement pur et simple du cinéma indépendant français.

Pourtant, malgré ce tableau sombre, l’espoir demeure. La tribune Zappez Bolloré a prouvé qu’un front uni pouvait se constituer. Le succès des médias d’investigation indépendants, financés directement par les citoyens, montre que la population n’est pas dupe et qu’elle est prête à s’engager pour garantir son droit à une information plurielle. Off Investigation, le média fondé par Jean-Baptiste Rivoire, parvient à lever des fonds pour produire des documentaires sur les pressions exercées par ce système.

La leçon à tirer de ce bouleversement est claire : la démocratie et la liberté culturelle ne sont jamais acquises définitivement. Elles doivent être défendues au quotidien. Face à des milliardaires qui utilisent leur fortune pour imposer leurs vues et museler la critique, le pouvoir collectif des citoyens, des créateurs et des journalistes est le dernier rempart. Il ne s’agit plus seulement de défendre des films ou des documentaires, mais de protéger la capacité d’une société tout entière à réfléchir, à débattre et à s’émanciper librement. Le silence n’est plus une option. La parole a été libérée, et il appartient désormais à chacun d’entre nous de la faire résonner.

Disclaimer : This content may be created by AI for entertainment purposes. Any resemblance to real persons, events, or places is coincidental.