Combien de fois un acteur doit-il jouer la même scène avant de dire stop ? En 1973, Alain Resnet avait une réponse autant de fois que nécessaire. Jean-Paul Belmondo avait une autre réponse. Après 25 prises, il a retiré son costume devant toute l’équipe. C’est du sadisme, pas du cinéma.
Le réalisateur a insisté : “Je décide quand c’est bon.” Belmondo a répondu alors décide sans moi. Ce qui s’est passé ensuite a créé la plus grande crise de production de l’année. Paris, septembre 1973, le film Staviski est en production. C’est un projet ambitieux, un budget énorme pour l’époque, une reconstitution historique détaillée des années 1930 et surtout deux géants du cinéma français qui collabor pour la première fois.
D’un côté, Alain Resnet. 51 ans, l’un des réalisateurs les plus respectés de France, connu pour son perfectionnisme obsessionnel, pour ses films complexe, intellectuels, exigeants. L’année dernière à Marienbad, Hiroshima Mon amour, des œuvres qui ont changé le cinéma. De l’autre, Jean-Paul Belmondau, 40 ans, la plus grande star masculine de France.
Le visage du cinéma populaire français, charismatique, physique, direct. l’opposé total du style cérébral de Rnety. Quand le projet a été annoncé, beaucoup étaient un sceptique. Ces deuxl ne pourront jamais travailler ensemble, trop différents. Mais le producteur Alexandre Mnutchkin était convaincu.
C’est exactement pour ça que ça va marcher. Resnet apporte l’art. Belmondo apporte le public. Les premières semaines de tournage se passent bien. Resney est exigeant. C’est vrai, il demande souvent plusieurs prises, 10 15 parfois, mais c’est acceptable. C’est dans les normes pour un réalisateur perfectionniste. Belmondo joue le jeu, il respecte Resnet.
Il veut que ce film soit différent de ses autres projets. Plus sérieux, plus artistique. Il est prêt à travailler dur. Mais le septembre 1973, tout change. La scène à tourner ce jour-là est importante. Staviski, le personnage de Belmondo, confronte un banquier qui refuse de financer ses projets. C’est une scène de dialogue intense, émotionnelle, cruciale pour le film.

Le tournage commence à 9h du matin. Première prise. Belmondo joue la scène. Il est bon, concentré. Il connaît son texte parfaitement. Coupé ditesn on recommence deè prise Belmondo rejoue presque identique à la première coupé encore. 3è prise 4e 5e. À la 10e prise Belmondo commence à se demander ce qui ne va pas mais il ne dit rien. Il continue.
Il fait confiance au réalisateur. 15e prise 20e. À ce stade il est de midi. 3 heures pour 20 prises de la même scène. L’équipe commence à s’impatienter. Les techniciens se regardent, certains murmurent. Belmondo, lui commence à perdre patience mais il se contrôle. Il est professionnel. Il sait que certains réalisateurs ont des méthodes différentes.
On fait une pause déjeunée annonce le premier assistant. Belmondo va dans sa loge. Il est fatigué, frustré. Il a joué la même scène vingt fois et il ne sait toujours pas ce que Resney veut. Son assistant lui apporte un sandwich. Ça va ? Je ne sais pas ce qu’il cherche, dit Belmondo.
J’ai joué cette scène 20 fois, 20 façons différentes. Il ne dit rien. Il demande juste de recommencer. C’est resnet. Il est comme ça. Il y a une limite quand même. Après le déjeuner à 14h, le tournage reprend. prise. Vingè 23e Belmundo commence à faire des erreurs. Il oublie une ligne. Il bégait légèrement. Il est épuisé mentalement et physiquement. Coupé. On recommence.
24e prise. Belmondo se concentre. Il fait tout parfaitement. Le texte, le ton, les gestes, c’est impeccable. Coupé encore une. 25e prise. Bell Mondo la joue exactement comme la précédente parce qu’il ne sait plus quoi changer. Coupé. Resney se lève de sa chaise de réalisateur, s’approche du plateau, regarde Belmondo.
On va en faire encore quelques-unes. Je sens qu’on approche de quelque chose. Belmondo reste immobile puis il dit calmement : “Combien pardon ? Combien de prises encore ? hésite. Je ne peux pas vous le dire, je le saurai quand je le verrai. Vous l’avez déjà vu 25 fois et je n’ai pas encore vu ce que je cherche.
Belmondo sent quelque chose se briser en lui. Ce n’est pas de la colère, c’est pire. C’est de l’épuisement mélangé à de la frustration, à du sentiment d’être utilisé. Qu’est-ce que vous cherchez exactement ? Le moment de vérité, l’instant où le personnage révèle quelque chose de profond. Je vous l’ai donné 25 fois. Non, vous m’avez donné 25 versions, pas la vérité.
Belmondo regarde autour de lui. L’équipe entière est là. 80 personnes, caméraman, machinistes, électricien, script, tous figés, tous écoutants. Alain dit Belmondo essayant de rester calme. Je respecte votre travail, je respecte votre vision, mais il faut être réaliste. 25 prises, c’est excessif. Pour vous peut-être, pas pour moi, pour n’importe qui.
Kubric fait sans prise parfois. Kubric n’est pas en France et je ne suis pas un de ses acteurs. Le tonte légèrement, pas encore un cri, mais la tension est palpable. Resnet serait dit : “Vous remettez en question ma méthode ?” Je remets en question l’utilité de faire la même chose indéfiniment en espérant un résultat différent. C’est moi le réalisateur.
C’est moi qui décide combien de prises sont nécessaires. Et moi, je suis l’acteur. C’est moi qui les joue. Et je vous dis que 25 c’est assez. Le silence sur le plateau est total. Personne ne bouge, personne ne respire. Resney fait un pas vers Belmondo. Si vous ne voulez pas travailler comme je travaille, peut-être que vous n’êtes pas le bon acteur pour ce film.
Belmondo le regarde longtemps, puis il fait quelque chose que personne n’attend. Il commence à déboutonner son costume. Le costume d’époque, celui de Staviski. Lentement, calmement. Qu’est-ce que vous faites ? Demande Rnety. Belmundo enlève la veste, la pose sur une chaise, commence à enlever la cravate. Je vous ai demandé ce que vous faites. Belmondo enlève la cravate.
La pose aussi. Puis il regarde Resnet et dit calmement : “C’est du sadisme, pas du cinéma. Le mot tombe comme une bombe. Sadisme sur un plateau de tournage devant toute l’équipe. Resnet devient pâle. Comment osez-vous ? Comment j’ose ?” Belmondo l’interrompt. J’ose parce que c’est la vérité. Vous ne cherchez pas la perfection.
Vous cherchez le contrôle. Vous voulez nous épuiser jusqu’à ce qu’on ait plus de volonté. C’est ça votre méthode ? Ma méthode a fait des chef-dœuvres. Votre méthode détruit les acteurs. Alors partez, si vous ne supportez pas le vrai travail artistique, partez. Belmondo enlève la chemise du costume, reste en t-shirt. Puis il dit “Très bien, c’est ce que je fais.
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” Il commence à marcher vers sa loge. Resney crie derrière lui : “Si vous partez maintenant, vous brisez votre contrat. Le studio vous poursuivra.” Belmondo s’arrête, se retourne. Poursuivez-moi. On verra devant un juge si 25 prises de la même scène est raisonnable. Vous ne pouvez pas partir, nous avons un film à finir.
Alors, finissez-le sans moi. Il reprend sa marche, atteint sa loge, entre, ferme la porte. Sur le plateau, c’est le chaos. Resney reste debout, tremblant de rage. L’équipe ne sait pas quoi faire. Le premier assistant essaie de prendre le contrôle. On on fait une pause, tout le monde se détend, mais personne ne se détend. Tout le monde sait ce qui vient de se passer.
L’acteur principal vient de quitter le tournage en plein milieu d’une scène devant tout le monde. Dans sa loge, Belmondo s’habille, ses vêtements normaux. Son assistant entre paniqué. Jean-Paul, qu’est-ce que tu fais ? Je pars. Tu ne peux pas partir. Regarde-moi. Le producteur va. Le producteur comprendra ou il ne comprendra pas. Je m’en fous.
Tu vas détruire le film. Belmondo s’arrête, regarde son assistant. Le film était déjà en train d’être détruit par un réalisateur qui confond torture et art. Il finit de s’habiller, prend ses affaires, sort de la loge. Le plateau est toujours figé. Quand Belmondo apparaît, habillé normalement, tout le monde comprend. Il ne revient pas.
Il part vraiment. Il traverse le plateau, passe devant Resnet sans le regarder, passe devant l’équipe silencieuse. Arrive à la porte du studio, l’ouvre, sort. La porte se ferme derrière lui. Sur le plateau, Resnet est seul, entouré de quatre vainques personnes. Mais seul. Le premier assistant s’approche.
Alain, qu’est-ce qu’on fait ? Resney ne répond pas tout de suite. Puis il dit d’une voix blanche : “On arrête pour aujourd’hui.” La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. En une heure, tout parissait. Jean-Paul Belmondo a quitté le tournage de Staviski en plein milieu après une confrontation publique avec Alain Resnet.
Le producteur Alexandre Mnouchkin est en panique. Il appelle Belmondo. Pas de réponse, il appelle Resess. Qu’est-ce qui s’est passé ? Il ne supportait pas les exigences artistiques. Les exigences artistiques. J’ai entendu que vous avez fait 25 prises. Et alors ? Alors c’est excessif, même pour vous. C’est ma méthode. Votre méthode vient de nous coûter notre acteur principal.
Mnouchkin essaie de négocier. Il appelle l’agent de Belmondo. Il faut qu’il revienne. Il ne reviendra pas tant que Resney est là. On ne peut pas virer Resnet. C’est le réalisateur. Alors, vous n’avez pas de film ? Mnouchkin est coincé. Sans Belmondo, le film ne peut pas continuer. Mais virer resnet serait un scandale tout aussi grand.
Il décide d’une stratégie, arrêter le tournage, une semaine, laisser tout le monde se calmer puis négocier. Pendant cette semaine, la presse s’enflamme. Certains journaux défendent Belmundo. Un acteur a le droit de dire non à l’abu. D’autres défendent Resnet. L’art exige des sacrifices. Belmondo est trop habitué au cinéma commercial.
Des acteurs prennent position. Certains soutiennent Belmondo. On n’est pas des machines. On ne peut pas jouer la même scène 40 fois. D’autres défendent Resnet. Les grands réalisateurs ont des méthodes exigeantes. C’est le prix de l’excellence. Le syndicat des acteurs s’emmêle. Il demande une réglementation, un nombre maximum de prises par scène.
15 20 au maximum. Resney refuse. Vous ne pouvez pas légiférer l’art. Pendant ce temps, Mnouchkin négocie en coulisse. Il rencontre Belmondo. Qu’est-ce qu’il faut pour que tu reviennes ? Que Reset accepte une limite 15 prises maximum par scène. Il ne l’acceptera jamais. Alors je ne reviens pas. Mnouchkin rencontre Resnet.
Il faut trouver un compromis. Je ne compromets pas ma vision artistique. Votre vision artistique va couler ce film. On perd 100000 francs par jour d’arrêt. Les jours passent. Le conflit devient national, des débats à la télévision, des éditoriaux dans les journaux, le droit de l’artiste contre le droit du travailleur.
Finalement, après une semaine, Mouchkin trouve une solution, un médiateur, un autre réalisateur respecté, François Truffo. Truffo rencontre les deux hommes séparément. Abelmondo, il dit “Raisnet est difficile, mais il est brillant. Ce film peut-être important.” À Resnet, il dit Belmondo a raison. 25 prises, c’est trop.
Même Kubric explique pourquoi il recommence. Vous ne dites rien. Truffo propose un compromis, maximum 30 prises par scène. Mais Resnet doit expliquer après chaque prise ce qu’il cherche. Communication claire. Belmondo accepte, Resnet hésite, puis accepte aussi. Mais à contrecœur, le tournage reprend. Mais l’atmosphère a changé, il y a de la tension, de la méfiance.
Belmondo et Resnet se parlent à peine en dehors des scènes. Resnet respecte la limite des 30 prises, mais il est clairement frustré. A Belmondo joue professionnellement, mais la joie est partie. Il fait son travail. C’est tout. Le film se termine. 3 mois de tournage difficile, tendu, inconfortable. Quand Staviski sort en salle en 197, les critiques sont mitigées.
Certains louent la beauté visuel, d’autres trouvent le film froid, sans vie. Un critique écrit “On sent l’attention sur l’écran” comme si le film lui-même était fatigué. “Le boxo-office est correct. Pas un échec, pas un triomphe. Juste correct. Belmondo et Resnet ne travaillent plus jamais ensemble. Dans les interviews, il parle du film poliment mais sans chaleur.
Des années plus tard, en 1995, un journaliste demande à Belmond : “Vous regrettez ce qui s’est passé sur Staviski ?” Belmondo réfléchit : “Je regrette que ça se soit passé comme ça, mais je ne regrette pas d’être parti ce jour-là.” Pourquoi ? Parce qu’il fallait tracer une ligne, il fallait dire “Ça suffit, les acteurs ne sont pas des objets.
On ne peut pas nous user jusqu’à ce qu’on casse.” Resnet dit que vous n’avez pas compris sa vision artistique. Peut-être ou peut-être que sa vision artistique incluait l’épuisement des acteurs comme technique. Dans tous les cas, ce n’est pas une vision que j’accepte. Le même journaliste interroge Reset. Vous regrettez comment ça s’est passé avec Belmondo ? est plus froid.
Je regrette qu’il n’ait pas eu la discipline nécessaire pour ce type de travail. 25 prises, c’est beaucoup pour certains, pas pour moi. L’art ne se compte pas en nombre de prises, mais ça se compte en respect des collaborateurs. Non, Resnet ne répond pas. L’incident de Staviski a eu des conséquences durables. Le syndicat des acteurs a réussi à faire passer une recommandation, pas une loi, mais une recommandation forte.

20 prises maximum, sauf circonstances exceptionnelles. Certains réalisateurs ont protesté, vous bridez la créativité. Mais beaucoup d’acteurs ont applaudi. Enfin, on nous traite comme des humains. La relation entre réalisateur et acteur en France a changé. Plus de dialogue, plus de transparence, plus de respect mutuel. Tout ça parce qu’un jour de septembre 1973, Jean-Paul Belmondo a enlevé son costume et a dit : “C’est du sadisme, pas du cinéma. Il a payé un prix.
Le film n’a pas été le succès espéré. Sa relation avec certains réalisateurs exigeants s’est refroidi. Certains l’ont évité. Trop difficile, trop rebelle. Mais il a aussi gagné quelque chose, le respect de ses pères, des acteurs qui ont dit il a osé dire non. Il a tracé une limite et peut-être que c’est ça la vraie histoire, pas celle d’un conflit artistique, mais celle d’un moment où quelqu’un a dit “Non, je ne joue plus à ce jeu, peu importe le prix.
” Le cinéma français a survécu. Resney a continué à faire des films. Belmundo aussi. Mais quelque chose avait changé. Une ligne avait été tracée. Et cette ligne disait : “L’art est important, mais les artistes le sont aussi.
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