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Le taxi qu’il ne fallait surtout pas prendre à minuit.

L’intérieur sentait le cuir froid, le tabac ancien et la menthe forte, comme dans les voitures des hommes qui veulent cacher quelque chose.

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Je me suis assise à l’arrière, le sac serré contre moi. Mon téléphone était mort. Mon reflet tremblait dans la vitre noire. Dehors, Paris glissait en flaques de lumière : les feux rouges, les abribus vides, les silhouettes pressées sous les parapluies cassés.

Le chauffeur n’a pas démarré tout de suite.

Il a simplement demandé :

— Où allons-nous, Claire ?

Sa façon de prononcer mon prénom m’a donné la nausée. Pas familière. Pas intime. Plutôt comme quelqu’un qui lisait une fiche.

— Vous savez mon nom, ai-je dit.

— Oui.

— Comment ?

Il a enfin tourné légèrement la tête. Je n’ai vu que sa mâchoire, dure, grise, mal rasée.

— Votre mère m’a donné votre adresse.

J’ai senti la colère monter plus vite que la peur.

— Ma mère est morte il y a moins de deux heures.

— Je sais.

Deux mots. Calmes. Presque polis.

Il a enclenché la première.

Le taxi a quitté le trottoir.

— Arrêtez la voiture.

— Pas maintenant.

— J’ai dit : arrêtez.

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